mardi 23 août 2016

Le suicide heureux des Allemands







Mais ne nous y trompons pas : à ce petit jeu l'Allemagne ne fait que devancer de peu les autres pays Européens.
Car c'est bien toute l'Europe, emmenée par des fous (Juncker et compagnie), qui a décidé d'en finir avec elle-même.

samedi 9 juillet 2016

Ophélia - Emigration


J'ai enrichi le billet précédent, dans lequel je racontais un peu de ma vie de jeune homme, par deux titres qu'à l'époque nous aimions écouter (entre autres) en rentrant de l'anse Grosse Roche d'où nous revenions saoulés de soleil, la peau collante de sel, après avoir joué les Robinson : Monochrome Set, "les Enfants " et Ophélia ,"Imigration".
Monochrome Set :
Ici, les enfants du paradis, 
Ici, les enfants du paradis, 
Ici, les enfants du paradis...
Ça vaut ce que ça vaut, moi j'aime bien, forcément.
Les enfants du paradis c'était nous.
Plus intéressante je trouve, est cette chanson d'Ophélia sortie en 1981. Nul besoin de lire ou de parler le créole pour comprendre le sens de ses paroles. De plus c'est une mélopée plutôt réussie, pleine de douceurs, une goyave bien mûre.

Wi sé vré péyi-la plen mizè
Mè an frédi-la sé fè ou ka pran fè
Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

Elle a raison Ophélia : fo nou rèsté isi.

Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

On ne demande rien de plus nous autres...

Tenez, je vous la remets, sa voix superbe, à savourer rhum-coco ou citron-vert, et bel été à tous !


jeudi 7 juillet 2016

Fort Desaix





Dans un village du Loiret.

Un récent billet de Maxime Tandonnet, une carte postale envoyée de Fort-de-France sur son blog personnel , réveille en moi de vieux souvenirs.
Il y a 37 ans environ, je recevais ma convocation pour les trois jours, convocation accompagnée de toute une documentation ventant les différents corps d'armée. Contrairement à bien de mes camarades de l'époque, je ne voyais aucune objection à accomplir mon devoir. Il faut dire que je n'étais pas comme beaucoup d'entre eux engagé ni dans la drogue, ni dans l'alcool ou dans un travail d'esclave, encore moins dans l'amour de ma vie comme l'a si bien moqué Saint-Exupéry dans Terre des Hommes. L'argument selon lequel "j'allais perdre mon temps" me paraissait discutable sinon faux . Aussi le soir avant de m'endormir, bien décidé à le faire ce service militaire, je parcourais les brochures qui devaient affiner mon choix.
Et c'est ainsi qu'un dimanche, devant le poulet rôti, j'annonçais à mes parents que je ferai les paras. Il y eut comme un blanc. Un blanc rompu par un bruit de couverts tombant sur l’assiette de ma mère.
- tu ne vas pas faire ça quand même ?
- et pourquoi pas ?
Je tentais vainement une justification.
Mon père ne se prononçait pas. Il avait tiré de sa boite une allumette et se curait les dents, songeur, les yeux au plafond.  Je le regardais faire. Nous avions renoncé à lui apprendre les bonnes manières. Tout chez lui disait qu'il avait grandi avec les vaches et les cochons, qu'il en était assez fier. Quand bien même aurait-il voulu y changer quelque-chose que ses souliers sentiraient toujours la bouse. Il remit l'allumette dans sa boite, se servit un verre de rouge, rinça le tout et se tut.  Mais ma mère avait tout de suite eu la vision de son fils tombant en torche avec dans son dos un parachute cent fois raccommodé, bon pour la réforme. Elle me voyait dans ces gros avions, ces Transall bourdonnant dont on ne sait jamais quand les moteurs vont s'arrêter, caler, en finir avec une apesanteur illogique, s'écraser. Elle cauchemardait.
Les jours suivants furent sinistres. Il était devenu clair que je la torturais. Dans ma chambre je lisais et relisais les différents dépliants.
Un jour où nous étions de nouveau à table je fis part de ma décision, irrévocable cette fois-ci, à même de tarir les larmes maternelles :
- je ne ferai pas les paras : je pars pour  l'Afrique ou les Antilles avec un contrat EVSOM de deux ans.
- E...
- EVSOM, engagé volontaire pour servir outre-mer. C'est ferme et définitif.
Mon père se racla la gorge :
- il y a des opportunités dans l'armée.
Ce fut tout. Il se leva, débarrassa la table, ce qui était contraire à ses habitudes.
L'affaire était entendue, le compromis accepté.  Mais j'ignorais encore que cette décision allait déterminer le reste de ma vie.

Perpignan.

La mémoire est sélective et la mienne a presque effacé ces deux mois dont il est vrai il n'y a pas grand-chose à retenir sinon des humiliations bien inutiles. C'était un peu avant ou après mai 81 et je votais pour la première fois contribuant à l’avènement de "Tonton". Cloué au fond d'un lit d'une infirmerie je venais de recevoir le paquet groupé (le package on dirait aujourd'hui) des vaccins indispensables pour partir sous les tropiques et l'encaissais mal : tout mon corps de 58 kl se révoltait, tremblait, alternait entre la fièvre et la glaciation. C'était la dernière étape avant mon départ de Roissy. Que reste-t-il de ces deux mois ? Des marches dans les Pyrénées, le souvenir de cet Alsacien trop gras dans une côte caillouteuse, suant, gémissant qu'il n'en peut plus, une jeep qui le redescend vers la ville ; pour lui c'est fini . Une bergerie à la tombée de la nuit perdue dans la montagne, un camion qui apporte des ballots de paille pour en recouvrir le sol et le lieutenant qui ricane, son sac à dos bien ouvert laissant apparaître les vieux journaux dont il l'avait gonflé pour la marche :
- voila la paille pour les bœufs !
Ce même lieutenant qui nous passe en revue le matin :
- mais c'est quoi ce bataillon de pédés qu'on me demande de former ? Il crache et nous fusille d'un regard méprisant.
C'est vrai que pour beaucoup nous sommes assez ridicules dans nos shorts trop larges, nos vestes trop grandes ; à nos ceinturons il manque des trous. Lui s'est fait tailler une veste cintrée qui lui tombe pile poil au-dessus du cul et un short bien moulant qui met en valeur sa virilité (bourrée elle aussi au papier journal ?), ses jambes musclées et bronzées. Se rend-il seulement compte qu'accoutré de la sorte il devient lui-même objet de fantasmes homosexuels ? Pédé toi-même va !
Adieu Perpignan...

Fort-de-France.

L'avion s'est posé à l'aéroport de Fort-de-France Lamentin à la tombée de la nuit (mais la nuit tombant tout au long de l'année vers 18h peut-on parler encore de nuit ?). En descendant sur le tarmac je fus saisi par une sensation d'étouffement tant l'air était moite, saturé d'humidité. Crapauds et insectes nocturnes nous faisaient un concert de bienvenue, des odeurs nouvelles que j'aurais bien été en peine d'identifier me parvenaient par vagues. J'aurais dû être heureux d'être là mais dans l'avion la rumeur avait enflé que ce n'était pour nous peut-être qu'une étape, que nous allions devoir à nouveau passer devant un officier orienteur qui se chargerait de nous dispatcher qui en Guadeloupe, qui en Guyane, l'avis général étant que les plus chanceux seraient ceux qui resteraient en Martinique. De la Guyane il n'y avait rien de bon à attendre : des expéditions dans la forêt tropicale, dormir dans des hamacs, marcher, encore marcher. Certains, bien informés apparemment, racontaient les cas de ces jeunes qui repartaient pour la métropole bouffés aux moustiques, défigurés, la peau marbrée par des champignons microscopiques quand ils n'étaient pas infectés par la bilharziose ; on les nommait pudiquement "les rapatriés sanitaires". Une incertitude pesante avait fait place à l'enthousiasme du départ.

On s'habitue vite. Plier, déplier la moustiquaire, aller à la douche en chassant du pied les ravets qui squattent la cuvette, attendre...surtout attendre.
Dans la chambrée j'avais trouvé ma place près de la porte et de la passerelle qui donnait sur la cour. Mes nouveaux camarades m'avaient plutôt bien accueilli et deux ou trois se révéleront par la suite plus que des camarades. Mais nous étions arrivés depuis près de 48 h et n'étions toujours pas fixés sur notre sort. Après tout peut-être était-ce là notre destination finale ?

Je suis dans le bureau de l'officier orienteur. Il a le nez plongé dans mon dossier et, sans relever la tête m'interroge :
- qu'est-ce qu'on vous a dit à Paris ?
- on m'a dit qu'avec mes compétences...
Il ne me laisse pas terminer, lève les bras au ciel façon Général De Gaulle et s'exclame :
- vos compétences ! Vos compétences !....
Il n'ajoute pas qu'il en a rien à foutre de mes compétences, qu'il les voit voisines de zéro, ce serait superflu. Il replonge dans mon dossier que je n'imaginais pas si long. Son stylo tournoie au-dessus des pages, s'arrête sur une ligne, coche une case. Visiblement je lui pose un problème. J'ai des sueurs froides qui me dégoulinent sous les aisselles. Mon compte est bon : demain je pars pour Cayenne.
- vous savez taper à la machine ?
- ...non...
- et bien vous apprendrez !
Encore quelques griffouilages, signatures, coups de tampon, et voila comment je suis devenu secrétaire du chef de corps, le lieutenant-colonel L.

Enfin secrétaire du chef de corps c'est beaucoup dire... En y repensant je crois que l'officier m'avait parfaitement jaugé, qu'il n'était pas orienteur pour rien, qu'il avait créé pour moi un emploi fictif en quelque sorte. Je n'ai jamais appris à taper à la machine : le secrétariat disposait d'une secrétaire civile qui faisait ça très bien. Dans le fond du bureau on avait trouvé une place pour une petite table et une chaise où je venais tous les matins prendre mon service à six heures (après-midi antillaise oblige). Mon travail consistait à ouvrir le courrier, sauf celui qui était estampillé "confidentiel défense". C'est vous dire si j'étais débordé... Au fond si je devais faire une comparaison je dirais que l'on m'avait mis là un peu comme un prématuré dans une couveuse, à l'abri. On avait pour moi qu'indulgence et même, j'ose le mot, bienveillance. On semblait ne pas voir quand mes cheveux dépassaient la taille réglementaire, tout juste me faisait-on remarquer quand mon menton grisonnait.

Le matin vers 9h le commandant J. entrait dans la pièce et me faisait signe de le rejoindre. Dans le couloir il me donnait quelques pièces en me disant : "il y a aussi pour la votre". Alors je quittais les bureaux, empruntais sans me presser le chemin qui remonte vers la route du Morne Desaix. Là, à l'ombre d'un bosquet, se tenait tous les jours une vieille martiniquaise en habits madras traditionnels assise sur un pliant avec devant elle une bassine en plastique et sur son côté une glacière. Dans la bassine marinaient de la morue et des oignons dans une huile pimentée. Le rituel avait beau être quotidien, je salivais en la voyant couper le pain, mouiller la mie d'un peu d'huile, étaler les oignons puis la morue grossièrement dessalée. De toutes les curiosités qu'il m'a été offert de goûter durant mon séjour, c'est ce simple sandwich que j'ai le plus regretté à mon retour en métropole. Puis elle sortait deux bières de la glacière.
Sur le chemin du retour je marchais d'un pas plus rapide : le commandant n'aimait pas la bière tiède.

Sans vouloir enjoliver le passé, le repeindre couleur sépia ou verser dans un sentimentalisme béat, je crois pouvoir dire que je coulais des jours heureux. Même quand j'eus à tâter de la paille humide des cachots (en fait une étroite cellule de béton sans sanitaires avec une minuscule ouverture grillagée pour laisser entrer un peu de la lumière du jour) l'affaire tourna malgré tout à mon avantage.
Je n'y étais pas pour rien dans ma mésaventure. Après avoir lavé ma tenue de ville ainsi qu'un treillis dont je n'avais guère l'usage mais qui commençait à sentir (à pourrir de l'humidité ambiante pour tout dire), je laissais sans surveillance mes vêtements à sécher. Quand je revins quelques heures après pour les récupérer ils avaient disparu. Il m'aurait été difficile de cacher le vol dont je venais d'être la victime mais surtout j'ignorais tout de la sanction encourue dans un tel cas de figure. L'erreur fut d'aller précipitamment raconter (nous étions un jeudi) mon problème au sous-officier de garde ce jour-là qui n'était pas réputé pour sa compréhension.
- vous connaissez le barème ?
- non, pas vraiment, en fait on m'a volé...
- 24 heures au trou. A effectuer ce week-end.
- ce week-end ? mais ce n'est pas possible je dois...
- vous êtes responsables de vos effets personnels. Vous l'ignoriez ?
Je l'ignorais ou l'avais oublié, comme j'avais oublié que l'on pouvait être aussi con.
Il me remit mon avis d’incarcération :
- présentez-vous samedi à 8 heures !
Merde, merde, merde, mille fois merde ! Quel con ! Je m'en voulais de ma négligence et surtout je m'en voulais de ma précipitation : j'aurais pu tenter de cacher l'affaire jusqu'au lundi matin. Cette mise au frais tombait vraiment mal, en plein milieu d'un week-end où j'étais invité par mes nouveaux amis, rencontrés sur ce postillon d'empire où tout le monde est voisin de quelqu'un, à aller faire du bateau et de la plongée sous-marine dans la baie de Saint Pierre dans laquelle, paraît-il, on peut encore voir des épaves de navires engloutis par l'éruption de la montagne Pelée en 1902. J'avais beau retourner le problème dans tous les sens, j'étais cuit. Allongé sur mon lit avec le papier qui condamnait notre projet (en tout cas pour moi) élaboré depuis des semaines, je me maudissais copieusement. Puis, n'y tenant plus, je me levai d'un bond :
- mieux vaut s'adresser au bon dieu qu'à ses saints ! m'exclamai-je tout haut. Et je filai vers le bureau du capitaine.
Je viens de terminer ma bredouillante plaidoirie. Il dépose sur sa droite le maudit papier. D'un tiroir il en sort un autre, une autorisation de sortie qu'il signe et tamponne.
- on se revoie lundi matin pour régler votre affaire ?
- à vos ordres mon capitaine !
- bon week-end.
Je n'ai pas vu les navires engloutis, sans doute n'étions nous pas au bon endroit. Plus modestement j'ai rencontré ma première murène et, me retournant d'un coup de palme, contemplé mes amis restés à la surface qui faisaient des brasses autour du bateau.
A quelques dizaines de mètres sous l'eau, comme en apesanteur sur le dos, j'ai écarté mes bras, mes jambes, me suis laissé envahir par le bonheur.

..............................................

Il vient de se lever brutalement de sa chaise, me tend la main :
- Bienvenue à Desaix ! Vous verrez : ici grâce aux alizés et notre relative altitude l'air est à peu près respirable. Nous avons une vue magnifique sur la baie et le port de Fort-de- France. De temps en temps vous apercevrez la Jeanne, vous pourrez compter ses escales. Bon séjour !
J'ai vu la Jeanne et bien d'autres choses encore, mais.
Mais si j'embrase mon fils qui rentre d'un long voyage, si j'écoute cet autre qui est là allongé sur le canapé sa guitare sur le ventre cherchant des accords, si je suis à cette terrasse d'un café parisien aux côtés de ma belle, si demain je prends un train pour ce coin de France qui m'est cher, c'est qu'il y a bientôt 40 ans j'ai prononcé cette phrase définitive, non négociable :
- Maman ! Arrête de pleurer ! Je ne ferai pas les paras : je pars pour l'autre bout du monde.

Deux titres de la bande-son de cette époque :












Texte de la chanson d'Ophélia :

Ophélia - Emigration

Yo vlé pati alé an gran péyi
Yo di nou chez nous i tini twop mizè
Mè a ba la mizè-la ogmanté
Lè sa pa ka maché lojman pé pa péyé
Yo tèlman wont yo pé pa retouné

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

solo gita-
souflan-

Pati di yo débaké a Paris
Yo konprann i téni lor dan lari
Lòt pati alé en Amérique
Yo vlé lésé mwen sèl a Dominique

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

Solo gita-
Souflan-
Solo gita-

Wi sé vré péyi-la plen mizè
Mè an frédi-la sé fè ou ka pran fè
Pa oubliyé Amérique pour Américains
Fo ou sonjé les Antilles pour les Antillais
Fo ou sonjé Dominik pou Dominiken

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)

solo gita-
Souflan-

An péyi-la yo mèt anlo chomaj
Sè sa menm ka mèt nou an vwayaj
Menm si ou pati
Alé a Toronto
Sé menm problèm; métro, boulot, dodo

Mwen menm pé ké pati
(mwen kay rèsté isi)
Isi sé péyi mwen
(mwen kay rèsté isi)
Menm si nou ni problèm
(fo mwen rèsté isi)
Pour dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)

(fo nou rèsté isi)
Mwen menm pé ké pati
(fo nou rèsté isi)
Pour nou dévlopé péyi-la
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)
Isi sé péyi nou
(fo nou rèsté isi)
Mwen kay rèsté isi
(fo nou rèsté isi)

Loi licenciements



Ainsi donc les électeurs socialistes, s'il en reste, auront à se souvenir que Manuels Valls aura été l'acteur et le promoteur de la loi licenciements et d'un slogan que l'on croyait réservé à la droite :
Travailler plus pour gagner moins.
Bravo.

mercredi 6 juillet 2016

Nos démocrates





Ils sont marrants nos démocrates. 50% plus une voix je suis élu ! C'est ainsi ! C'est le peuple souverain qui l'a décidé ! Parfaitement !
Référendum à 52%... faut voir...
Le peuple n'a pas toujours raison ! Le peuple est immature ! les vieux sont séniles et égoïstes ! Les voix des jeunes devraient compter double ! Après 60 ans on ne vote plus ! Bac plus cinq pour glisser un bulletin ! Les vieux et les ploucs n'ont pas à donner leur avis !
C'est révoltant les privilèges exorbitants que l'on accorde à ces connards !
La démocratie a ses limites bordel !
Et c'est moi qui les fixe.

vendredi 1 juillet 2016

Le premier juillet tout augmente



Le premier juillet 1961 à Meudon mourait  Louis-Ferdinand Céline tandis que dans une autre petite ville de banlieue naissait Fredi. Il n'est pas certain, en tout cas cela n'a jamais pu être établi, que l'humanité y gagna au change. Ce qui est certain en revanche, et là tous les météorologues sont d'accord avec mes parents, c'est que c'était une parfaite journée d'été, calme et bleutée, comme on désespère d'en avoir aujourd'hui.
Sur le carnet de santé qui allait me suivre ma vie durant, l'interne de service (ou la sage-femme) renseigna ma taille, mon poids ainsi que d'autres choses de moindre importance. Dans l'encart réservé aux observations, il (ou elle) écrivit ces mots :
"Né étonné, crie après quelques instants."
Je me suis toujours demandé pourquoi on avait pris soin de noter ce détail. Peut-être simplement s'agissait-il de signifier que l'on avait porté une attention toute particulière aux premiers instants de ce nouveau  citoyen.
Toujours est-il qu'étonné je ne le suis plus beaucoup, que parfois j'aimerais l'être encore.
Bref...
Fredi votre capricieux serviteur  qui, sur un coup de tête, peut envoyer balader près de deux ans de blogage avec les commentaires de ses fidèles lecteurs*, a 55 ans aujourd'hui, lui qui s'imaginait ne jamais voir l'an 2000.
Comme quoi se vérifie encore une fois cette règle infaillible qui veut que le premier juillet soit le jour où tout augmente.

*Je sais : ça ne se fait pas des choses comme ça. C'est désinvolte et limite irrespectueux. Mais vous m'aurez pardonné n'est-ce pas ?

03/07/16
Je viens d'apprendre que si j'étais né Coréen, je n'aurais non pas 55 ans mais 56, les Coréens, apparemment, prenant en compte le temps de gestation.
Sages Coréens qui savent encore voir l'instant où naît la vie.

lundi 27 juin 2016

Enfin...



Laurent Chalard : Les élites ne voyant que leur intérêt, c’est-à-dire que le bon fonctionnement des économies dont elles tirent leur richesse a besoin d’un recours certain à l’immigration, en l’absence de politique nataliste digne de ce nom, prôner l’ouverture relevait de l’évidence, d’autant plus que leurs moyens financiers leur permettaient d’éviter de se mélanger avec ses populations. Les élites ne voyaient consécutivement que des avantages à l’immigration (main-d’œuvre bon marché servile), sans avoir à en subir les potentiels inconvénients (insécurité dans tous les sens du terme).

Nos élites ont donc une responsabilité énorme dans les difficultés d’absorption de l’immigration que connaissent les sociétés européennes, puisque les autres catégories de la population européenne n’ont jamais demandé à ce qu’il y ait une immigration importante en Europe. Elles n’ont d’ailleurs quasiment jamais été consultées par la voie des urnes sur cette question. L’immigration est un processus imposé du haut pour des raisons purement économiques.

Concernant le reste de la population, il convient de noter une évolution sensible dans le temps de son positionnement face à l’immigration. Au départ, s’il serait ridicule de considérer que la population autochtone accueillait de bon cœur les nouveaux arrivants, tout du moins, il n’y avait pas un rejet massif, comme en témoignaient les sondages qui montraient globalement que ce dernier était minoritaire. Cependant, au fur et à mesure du temps, du fait d’un flux permanent d’immigration, le nombre et la part des immigrés et de leurs descendants s’est fortement accru, devenant de plus en plus visible dans la société, entraînant consécutivement un phénomène de rejet de plus en plus massif, d’autant plus que ces derniers étaient de plus en plus éloignés culturellement des populations autochtones. Le rejet de l’immigration constaté aujourd’hui dans la masse des populations européennes relève donc surtout d’une question culturelle, consécutive des évolutions démographiques, en l’occurrence la diversification du peuplement de l’Union.

Source.

dimanche 26 juin 2016

Vendredi 24 juin 2016




Vendredi 24 juin 2016
Brexit.
Je suis comme Valérie Pécresse qui avouait ce matin sa surprise sur une radio nationale : hier soir, après avoir lu les derniers sondages ainsi que, vers 23h30, quelques comptes-rendu en ligne, je me suis dit que c'était plié, que le camp du "oui" de l'autre côté de la Manche avait gagné. Le meurtre d'une député, l'éternelle veulerie des peuples, le matraquage qu'ont à subir ceux qui pensent mal, rien ne devait venir perturber le cours normal des choses.
Aussi quand ma belle entra ce matin dans ma pièce en criant "café !" puis, posant une tasse sur ma table de nuit me dit  : "les Anglais sont sortis" je cru un instant qu'elle me parlait de l'Euro (et rien d'autre) quand elle me parlait de l'Europe.
Depuis, tout au long de la journée, j'ai lu et entendu les commentaires des journalistes, des politiques éclairés. Pour eux, et je schématise à peine, c'est l'Angleterre des ploucs, des déclassés des "has been" qui a gagné. Quel mépris. L'un d'eux semblait regretter que la première puis la seconde n'aient qu'insuffisamment  éliminé cette engeance d'arriérés, de dégénérés mentaux, qui freine notre cheminement vers le paradis sur terre. Mais que n'entendent-ils les signaux qui partout dans la vieille Europe disent que c'est l'enfer qu'ils nous fabriquent depuis des décennies ? Comment peut-on être autiste à ce point ? D'autres, arguant que des gens qui ont une espérance de vie ne dépassant pas quinze ans n'ont pas à compromettre l'avenir de la jeunesse, rêvaient à voix haute d'une limite d'âge pour le droit de vote ; certains, sur le modèle du 3/5ème pour modifier la constitution, proposaient une barre à 60% pour valider un référendum, le mieux bien sûr étant de se passer de référendum.
Quoiqu'il en soit j'attends avec gourmandise la suite du scénario : que vont-ils imaginer pour rendre caduque le vote des Anglais de 2016  comme le nôtre de 2005 ?
Sarkosy ferait en la matière un excellent conseiller...
Le plus probable est que les Anglais vont se prendre une grosse fessée pour leur faire passer, ainsi qu'à ceux qui y songeraient ailleurs en Europe, le goût de l'indépendance et de la souveraineté.
Mais quand on a connu Le Blitz on ne craint plus rien.
A suivre....

Alexis Brézet sur le sujet.

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Printemps à S :



Genêts et lilas et bien d'autres fleurs encore dont j'ignore le nom semblaient s’être unis pour donner à l'air les flagrances d'un parfum d'un grand créateur. De temps en temps c'étaient des effluves de grillades gardées au chaud sur des braises mourantes qui parvenaient jusqu'à nous. Nous venions d'entamer la deuxième bouteille de Viognier vendanges tardives et n'étions pas pressés de passer à table. Le Viognier, quand il est bien fait, a le mérite de mettre tout le monde d'accord, la gent féminine comme la masculine. D'ailleurs "X." m'adressa un clin d’œil et du pouce me fit signe que son verre pleurait. Je le resservis ainsi que toute la tablée installée sur la terrasse. Nous étions bien, nous étions loin de tout, loin de Trump, des primaires, des bilans, du "tout va mieux", loin aussi de ces tracas qui vous creusent des rides profondes sur le front. "P.", assis sur le muret, improvisait des airs de guitare et "V.", captivée, envoûtée (amoureuse ?) regardait fixement ses doigts agiles pincer et frotter les cordes. Peut-être qui sait, mon fils, un jour ce seront des salles entières qui viendront t'écouter, t'applaudir. En attendant tu te débrouille comme un chef et tes mélodies sont du miel pour les filles. De fait tout le monde se taisait, l'écoutait, à un point où il fini par en être gêné. Il reposa sa guitare sur le muret puis entra dans la maison mettre "Harvest" dans le lecteur. Comme nous avant lui, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il aimait ces musiques des années 70 qui lui semblaient l'expression d'une époque bénie eux qui n'ont pour horizon que le surpeuplement, une nature dégradée, la précarité et la certitude de conflits en tout genre. Les sons aigus de l'harmonica soutenus par la batterie, nous ramenaient des décennies en arrière, quand tout n'était que joies, effervescences et promesses radieuses. Là nous étions plutôt comme de vieux hippies, un peu gras, un peu beaufs, aux cheveux poivre et sel (sauf moi !), aux désirs éteints, incapables de faire un trois-feuilles. Nos amies d'hier étaient devenues nos femmes, nous avaient fait à tous de beaux enfants qui jalousaient notre passé idéalisé. Nous n'avions pas cédé à la tentation de la séparation à la première discorde, à la première rencontre ensorceleuse. Nous avions reproduit le schéma de nos parents pour qui le mot "engagement" avait encore un sens. Un cumulus, qui est paraît-il le nuage du bonheur, celui que dessinent les enfants autour de la maison, obscurci un moment le ciel et une brise frisquette en profita pour nous rappeler que ce printemps était décidément bien tardif. Quelques titres de Neil Young passèrent encore puis "H" se tourna vers moi et me dit dans un sourire :
- tu peux mettre Bizet s'il te plaît ?
Jeune jouvenceau imberbe, sache qu'une demande de femme, même formulée de la façon la plus aimable, n'est pas une demande mais un ordre : j'allais devoir bouger mon c...qui se trouvait pourtant au mieux au fond de sa chaise. Je me levais à contre-cœur. Dans les pochettes vides, les CD éparpillés, je mis un temps fou à remettre la main sur cette fichue "Carmen".
"H" était encore très belle, ne faisait pas son âge comme ont dit et, privilège des quarteronnes sans doute, avait gardé la taille fine et le corps d'une jeune femme de vingt ans, guère plus. Et qui d'autre que moi pouvait savoir que sous sa couleur blond-vénitien se dissimulaient bien des cheveux blancs ? Aux premières notes frappées de tambourin, elle esquissa des pas de dance qui pouvaient passer pour ceux d'une dance gitane. "F" l'encouragea en tapant dans ses mains. "H" était heureuse comme rarement elle l'est à Paris.
La journée s'étirait. Au loin un coucou ponctuait de son chant intermittent notre voluptueuse oisiveté. Mais le soleil déclinait, glissait inexorablement derrière la colline, puis il disparu brutalement et déjà la lune dans un ciel encore clair nous assurait qu'elle prenait possession des lieux. Un froid tout aussi brutal envahi la terrasse et, un à un, tous regagnaient la maison. "P" se plongea dans la lecture de vieux Picsou magazine prouvant ainsi qu'avant de devenir un artiste célèbre il était encore un enfant. "T", allongé sur ce qui d’ordinaire me sert de lit, lisait quant à lui un auteur Allemand. S'il ne négligeait pas les classiques Français, il s'était pris d'une vraie passion pour la littérature allemande et russe. Il venait d'écourter son tour du monde, s'étant rendu compte que les voyages en solitaire ne correspondent pas toujours à ce que l'on peut en lire dans les livres ou bien que ce n'était peut-être pas son truc. Mais il avait quand-même bien voyagé, dans des pays où, dit-on, les peuples sont terrorisés par des tyrans, tyrans qui eux-même se chient dessus quand Poutine leur fait les gros yeux. Qu'en sais-je...en tout cas il y a fait de belles rencontres, parfois avec des personnes ayant trois fois son âge, ressemblant comme deux gouttes d'eau à des paysans morvandiaux et qui, peu soucieux des préceptes de leur religion supposée, trinquent volontiers à la vodka qui se boit là-bas dans des bols. En attendant des jours plus fastes, "T" occupait la maison depuis quelques temps, dévorant des bouquins, se recréant un univers bien à lui, de sorte que nous nous trouvions chez nous un peu chez lui.
Je craquais une allumette pour allumer le feu que j'avais préparé. Tout de suite je sus que ce serait un succès. Ce n'était pas pour rien que l'on m'avait surnommé le "Maître du feu". Très vite de belles flammes éclairèrent le conduit et "C" ne s'y trompa pas, vint présenter son dos au foyer.
C'est alors qu'"X" rentra dans la pièce d'un pas lourd. Il s'immobilisa en son milieu et prononça un traînant et tonitruant "heuuuu....."qui nous fit tous tourner la tête vers son regard bleu translucide à cet instant vaguement inquiet, désemparé. Il tenait dans sa main gauche un verre vide et dans la droite une bouteille de Merlot largement entamée. Sur son tee-schirt noir, là où son volumineux abdomen rejoignait son thorax formant comme un reposoir, s'accumulaient des miettes de pain, des peaux de saucisson, des éclats de gélatine de pâté de tête, des taches diverses et variées, des traînées de moutarde séchée. S'il eût fallu faire le portrait du Berrurier des San A, il en aurait été le parfait modèle. Sauf que lui n'a rien du prolo mal dégrossi comme il peut sembler de prime abord, que sa culture est immense et dépasse largement la somme des nôtres, qu'il peut être d'une finesse, d'une délicatesse infinies. Ses qualités sont aussi ses défauts car quand il commence à parler plus rien ni personne ne peut l’arrêter plongeant son auditoire dans un mutisme frustrant. Mais là son "heuuu..." n'était pas le prélude à un cours de géo-politique et il posa sa question, la question essentielle, vitale, la reine des questions, celle qui supplante et rend superflues toutes les autres et qui fit exploser de rire "F":
- qu'est-ce qu'on mange ce soir ?



Atelier d'artiste :

Le génie ça démarre tôt
Mais y'a des fois ça rend marteau.

Ça démarre tôt en effet. Ça se détecte à la petite école quand vous récupérez votre enfant les ongles et les mains encore tachés des couleurs manipulées l'après-midi en atelier d'art-plastique et que vous vous entendez dire par la maîtresse admirative :
- cet enfant a un tempérament d'artiste qu'il ne faut en aucun cas contrarier, mais au contraire encourager.
Pour l'heure la maman se demande surtout si c'était une bonne idée de choisir la chemise blanche de papa pour servir de blouse de travail.
Encourageons donc. Tous artistes ! D'autant que quand on voit ce que l'on voit, qu'on entend ce que l'on entend, la tentation est grande de se dire "pourquoi lui, pourquoi pas moi ?".
Plus tard, vers l'adolescence, le même enfant aura sa première guitare, puis deux guitares, un piano à queue et une contrebasse, des boites de couleurs, des rames de papier Canson, un hélicon et un stylo Dupont. C'est pourquoi nous avons la chance, en France, d'avoir un vivier d'artistes inépuisable. La Mairie de Paris a pensé à eux et met à la disposition des plus chanceux d'entre eux, pour une somme modique, des ateliers d'artistes afin que les talents puissent s'épanouir à l'abri du besoin, des contraintes vulgaires et des froidures de l'hiver. J'ignore comment se déroulent les attributions mais l'on sait bien qu'elles sont du genre à éveiller les suspicions, les soupçons de copinage. Je sais en revanche que les heureux élus sont tenus, pour justifier de leur qualité d'artistes et être ainsi reconduits dans leurs locaux, de fournir une production constante et régulière. Le deal n'est toutefois guère contraignant.
Ainsi celui-ci décline-t-il à l'infini des codes-barre sur des fonds monochromes. C'est sa façon de dénoncer le libéralisme et la société marchande. Il fait ça depuis vingt ans et ne redoute qu'une seule chose : que son message soit incompris.
Cet autre commet des aquarelles, des nuages dans toute la gamme des bleus. C'est très beau, très apaisant. Un jour, dans un mouvement d'audace qui lui ressemble peu, il s'est levé en bousculant sa chaise en arrière puis il a fait pleuvoir son pinceau à cinquante centimètres de la feuille à dessin. Le résultat ne fut guère concluant. De plus ça éclaboussait ses attestations de paiements Assedic qui traînaient à côté. Il a renouvelé l'opération mais cette fois à vingt centimètres. L'art c'est souvent une affaire de distance. Il fut satisfait du résultat. Ça mettait, comment dire...un peu d'énergie dans ses créations, on devinait très nettement que l'artiste avait franchi un cap, qu'il n'était pas loin de toucher au sublime. Depuis quelques temps il traverse une période révoltée. Il veut témoigner de l'agressivité de notre époque contemporaine. Les nuages sont devenus rouges.
Je tiens le dernier exemple pour un pur génie. Voilà un homme, salarié à quart temps d'une grosse boite de la banlieue ouest, qui a tout compris. Il a pris l'habitude de roder autour des chantiers de la capitale, de ramener de ses pérégrinations, à l'instar du Facteur Cheval ramenant des cailloux de ses tournées, des bouts de fil de fer rouillés. A l'aide de pinces, le plus souvent à mains nues, il en conçoit des "hommes marchant" qui ne sont pas sans évoquer ceux de Giacometti en plus maigres. Cette idée d'une accusation de plagiat le tourmentait sincèrement. Un matin qu'il jetait dans la poubelle de tri sélectif des emballages divers, il remarqua des piles de journaux, de Figaro, Libération. Il resta un instant en arrêt, tenant le couvercle relevé, contemplant les vieux imprimés. "C'est pas con ça", murmura-t-il le nez dans la poubelle. Il s'empara de tous les journaux et revint dans son atelier. Devant sa machine à laver le linge il préleva les pages qui lui semblaient les plus intéressantes, rejeta les pages saumon du Figaro, les comptes-rendus sportifs, hésita devant celles où figuraient les résultats du loto, bourra le tambour au maximum puis sélectionna le programme (programme court, ne pas ajouter de chlore). A la fin du cycle il récupéra un amalgame où s'enchevêtraient les pages du Figaro, celles de Libération, où les mots d'Ivan Rioufol se mêlaient à ceux de Laurent Joffrin dans une pâte consensuelle, réconciliés. Un frisson lui parcouru l'échine : "Putain le symbole ! Je tiens quelque chose".
Il retourna avec sa boule dégoulinante dans l'atelier, la déposa sur la table, la malaxa un peu comme l'aurait fait un boulanger avec sa pâte à pain, puis entreprit de garnir ses pièces de fil de fer. Il s'agaça des difficultés qu'il rencontrait au niveau des phalanges, des attaches des mains, travailla tard dans la nuit sur une demi-douzaines de pièces, alluma tous les radiateurs pour accélérer le séchage, se coucha épuisé.
Le lendemain il eut une vive déception : dans la nuit la pâte à papier s'était rétractée, avait formé des bourrelets irréguliers. Mais ce n'était pas le pire. Cela encore pouvait s'expliquer, passer pour un geste voulu. Il suffisait de bâtir un discours autour de la technique, de l'effet recherché. Non, ce qui l'attristait profondément c'est que l'ensemble dégageait quelque chose de terne, d'inachevé. Contrarié, maussade, il gagna sa salle de bains, commença à se raser. C'est alors que dans le reflet du miroir il aperçu derrière lui, posée sur une étagère, une bombe de laque l'Oréal oubliée par une ex quelconque. "Bon sang mais c'est bien sûr !", s'exclama-t-il. Dans son émotion il s'entailla le menton. S'épongeant vivement il se saisit de la bombe et couru à son atelier, vida la laque sur ses œuvres. Les couleurs s'en trouvèrent instantanément rehaussées, les contours prirent une patine vernissée du meilleur aloi. De plus, ce qui n'est pas négligeable, les "hommes marchant" avaient désormais un irrésistible parfum de salon de coiffure pour dames.
C'est un homme heureux qui parti ce jour là accomplir ses trois heures journalières de travail, le cou plein de mousse à raser séchée, avec un filet de sang dedans. Il est régulièrement exposé depuis, sa cote n'en fini pas de monter.
A ce stade et pour conclure, je veux dire une chose : ne nous laissons pas aller aux plus bas ressentiments, ne nous laissons pas gagner par la rancœur et la mesquine jalousie. Dans ces pépinières que tout le monde nous envie, se cachent certainement ceux qui demain feront la nique à ces authentiques escrocs que sont Jeff Koons et Anish Kapoor, seront la gloire et le rayonnement de l'art à la française.
Vive les ateliers d'artistes de la ville de Paris et vive la France !


La honte :


                                           
                                                  Le philharmonique de Paris-Pantin


J'ai honte. Oh oui j'ai honte. Mais mettez vous à ma place : il faut bien vivre et c'était une belle commande. On m'a dit :
- Il conviendrait que ça ne ressemble à rien, n'évoque rien, ne parle de rien mais à tout le monde. Vous voyez le topo ?
De ce point de vue là y'a pas à dire c'est réussi.
- l'idéal serait un bâtiment qui aurait tout autant sa place à Shanghai ou Abou Dabi. Voyez-vous Paris est une ville-monde. Ayez ça constamment présent à l'esprit en concevant votre projet.
Une ville-monde...mais où vont-ils chercher tout ça ?
On dit que l'on ne comprend certains auteurs qu'un siècle après leur mort. Je veux bien. Mais moi je ne me comprends pas moi-même. Je me sens comme cet accusé en garde à vue incapable d'expliquer son geste.
Non moi j'étais fait pour autre chose. Je viens trop tard ou trop tôt. J'envie, j'ai de la jalousie, pour les architectes du 3ème Reich, ceux de l'Union Soviétique qui maniaient si bien le béton. Ou Perrault à la rigueur. Une ville entière tout de même, ça n'est pas rien. Mais mon héros c'est le Baron, quand il écartelait Paris, lui libérait ses bronches encombrées à grands coups de sabre, craque ! craque ! Je pensais à ça l'autre jour dans mon taxi. J'étais pris dans un ralentissement, un bouchon quoi. A la hauteur de la Porte de Pantin j'ai jeté un coup d’œil à la dérobée. "Effet vol d'hirondelles" ça devait rendre. Le résultat c'est plutôt "chiures de goélands", faut bien admettre. J'ai détourné le regard vers les moulins.
On a inauguré le truc avec une expo "David Bowie", un personnage ambigu comme on dit. C'était parfait. J'attends avec impatience la rétrospective "Conchita Wurst". Ah les cons... Enfin l'honneur est sauf : dans les chiottes ils diffusent du Schubert, "La truite", paraît que ça fait aller. J'vous jure...
Ça coinçait vraiment. Mon taxi, un chinois rigolard, a agité son index vers la chose.
- c'est vous qui avez fait cela ! Hi hi hi !
D'où il me connaissait celui-là ? Est-ce que je lui demande, moi, si sa femme pose à poil pour les fonds de tasses à saké ? C'est incroyable ça !
- non, non, vous devez confondre, ai-je répondu. Tenez : prenez donc par le Pré-St-Gervais, je connais un raccourci.
J'ai honte je vous dis.

Rue Meynadier :

Ils sortaient du Palais. Deux jeunes hommes et deux jeunes femmes, robes de soirée, smoking et nœud-pap de location. Le film qu'ils venaient de visionner s'appelait "Mare Nostrum" ou quelque chose comme ça. Une histoire de migrants rejetés par la mer sur les côtes inhospitalières de la Sicile, aux portes de cette Europe-forteresse dont les dirigeants se livraient à de navrants calculs, à de honteux comptes d’apothicaires sur la répartition du fardeau. Un film bouleversant promis à de nombreuses suites.
- Je suis bouleversée, fit l'une des jeunes femmes en s'asseyant sur une chaise imitation rotin, à la table d'un restaurant qui se trouvait coincé entre un kebab et une crêperie, dont le menu proposait "moules farcies, daube provencale, 17euros ttc.
Un orchestre (ils étaient trois) de roumains nonchalants descendaient la rue, jouant, fort bien d'ailleurs, sur leurs violons, leur accordéon, les notes traînantes, dégoulinantes, sirupeuses du Parrain.
- nous sommes des salauds !
Elle était au bord des larmes. Son voisin, un rien profiteur, lui caressait son épaule dénudée. Les roumains déjà, sur un signal connu d'eux seuls, repartaient vers d'autres tables, vers le Suquet, sans une pièce, sans un regard.
- et nous en France ! Avec un gouvernement socialiste ! Que faisons-nous ?
Un africain de 2m60 (il portait sur sa tête une pile de chapeaux de paille, le festival cette année étant bizarrement très ensoleillé) arriva à leur hauteur. Sur son avant-bras en présentoir il y avait une centaine de lunettes de soleil aux design variés et, surtout, le dernier né de la technologie chinoise : une perche télescopique permettant de faire des selfies mais "de plus loin". Dans l'indifférence générale il se livra à une petite démonstration, peu convaincante il est vrai, puis, d'un pas fatigué, repris son chemin en se demandant ce qui pouvait bien clocher dans son offre, quelle était vraiment la demande. Les blancs décidément étaient incroyablement compliqués.
Le serveur vint à eux. Pensant bien faire elle s'écarta un peu.
- ah non Madame ! Vous ne pouvez pas faire ça !Tables et chaises doivent impérativement ne pas dépasser cette limite.
Il désignait le caniveau central de cette rue étroite. A deux mains elle prit sa chaise, revint d'un mouvement brusque qui fit joliment danser ses seins dans les limites autorisées par la municipalité. Le serveur déposa alors devant eux quatre cartes plastifiées en précisant :
- nous n'avons plus de daube provencale.
Un roumain débonnaire sorti de nulle part, souriant, ventripotent, portant en bandoulière une sorte de clavecin sur lequel il jouait, fort bien d'ailleurs, les notes traînantes, dégoulinantes, sirupeuses du Parrain s'approchait d'eux. Elle posa violemment ses coudes sur la table, pris sa tête entre ses mains, éclata en sanglots.


Mémoires de S :

Bien arrivé à S. ! Tout va bien. Mais la rivière est toute chamboulée. Les traces, très visibles, laissent deviner ce qui s'est passé ici. Tu sais que des épisodes cévenols j'en ai connu, que certains m'ont fait peur. Mais celui-ci je n'aurais pas aimé le vivre : il a dû être effrayant, apocalyptique. Si j'en crois les habitants du village, il s'est produit peu de temps après mon passage à la Toussaint dernière et a complètement modifié le paysage qui nous est familier. La berge en pente douce n'existe plus, comblée par un amas de pierres. Le bassin où nos enfants jouaient aux explorateurs, quand ils étaient encore des enfants, est lui aussi envahi de sable et de roches. J'en suis un peu responsable : le barrage que j'avais bâti pour augmenter la retenue d'eau a remarquablement résisté. Il se couvre et disparaît sous les gravats accumulés apportés par les torrents. En le regardant par la fenêtre j'aime imaginer que dans deux mille ans on le redécouvrira avec émerveillement, comme on s'émerveille de quelques pierres gallo-romaines découvertes aujourd'hui. Mais ce qui m'amuse le plus, ce sont les collines. Dans ce coin de France dont on nous dit qu'il ressemblera bientôt aux paysages du Maghreb, elles n'ont jamais été aussi vertes, aussi boisées. Et le ruisseau qui se glisse entre ces superbes mamelons, habituellement si paisible, presque éteint, gronde comme un torrent de montagne, semble intarissable.  L'ensemble évoque plus le Connemara que l'Afrique du Nord. Enfin cet été l'eau ne nous fera pas défaut. Comme dit le proverbe "à toute chose malheur est bon" : à deux enjambées en amont, la crue a nettoyé le gourd où nous puisons l'eau, mis à nu la roche mère, arraché les ronces des berges, fait de cet endroit la plus belle des piscines à la ronde. J'entends déjà les cris joyeux de V. et C. quand elles s'y baigneront dans deux mois.
Bref, si l'enfer est passé par ici, il n'a pas triomphé et c'est encore et toujours le paradis.
N'y manque que sa Reine.

Houellebecq 1 et 2 :


L'autre jour, ou peut-être une nuit, j'étais avec Michel Houellebecq sur le ferry-boat Le Havre-Rosslare. Accoudés au bar nous attendions que le serveur veuille bien s’intéresser à nous. Pour l'heure il était occupé à ouvrir et refermer, avec des claquements secs, des portes de compartiments frigorifiques. Enfin il sembla nous découvrir.
- Messieurs ?
- deux Guinness.
Sur la piste de danse quelques personnes s'agitaient, manifestement ravies, aux sons de musiques irlandaises.
Michel leva sa pinte et l'engloutit à moitié. Je fis de même. La bière lui laissa une moustache blanche assez comique. Il eut un battement de cils, un demi sourire éclaira son visage.
- quoi, demandai-je.
- t'as une moustache blanche.
Dans le port du Havre le bateau manœuvrait. Des lumières disparaissaient, réapparaissaient, disparaissaient.
- tu lis quoi en ce moment ?
Il avait l'art de poser des questions inadaptées à l'espace-temps.
- des vieilleries interminables, interminées. Et puis Houellebecq. J'adore Houellebecq. En refermant "Plateforme", en laissant Michel à sa douloureuse et infinie solitude, j'ai eu une sensation rare : une sensation de manque.
- preuve que c'est de la bonne came...
- oui. Mais j'aime par-dessus tout son humour doux-amer, acide. On ne rit pas avec Houellebecq, on sourit. On sourit à cette façon qu'il a de dire le dérisoire de nos existences, d'en souligner le tragique inéluctable. J'ai l'impression de le comprendre, que c'est à moi qu'il parle.
Le bateau avait trouvé son cap, ronronnait. Nous étions en haute mer, une mer formée, la houle était forte ; ça secouait méchamment.
- il y a chez lui quelque chose de balzacien je trouve quand il décrit son époque et ses contemporains, quelque chose de résolument classique et ouvertement moderne. Balzac, Céline, Houellebecq. Tu piges ?
- flatteur...
- et puis surtout c'est un philosophe ! Que nous dit-il du bonheur ? Que ce n'est pas compliqué au fond, que c'est simple comme une érection et une chatte ou une bouche accueillante pour la recevoir, une pogne pour les moins chanceux. Avec ça t'es paré pour affronter la vie tu vois, un vade mecum qui ne retiendrait que l’essentiel.
- tu réduis un peu.
- à peine.
Les derniers passagers vaincus par le mal de mer regagnaient leur cabine. Deux irlandais, que j'aurais imaginé plus résistants gisaient sur le sol, les bras en croix, le nez dans leurs vomissures. Çà commençait à fouetter grave. Je passais commande d'une nouvelle tournée de Guinness.
Nous bûmes à grands traits. De nouveau je vis ses cils s'animer, une esquisse de sourire triste venir sur son visage.
- je sais... anticipai-je.
- son seul défaut c'est qu'il serait un peu misanthrope,  poursuivis-je.
- qu'est-ce qui te permets de dire ça ?
- oh ce n'est pas moi qui le dit, mais Jed...
- quel prénom à la con !
- ...de notoriété publique Houellebecq était un solitaire à fortes tendances misanthropiques, c'est à peine s'il adressait la parole à son chien.
- et il dit ça où ce "Jed" ?
- dans son livre, "La carte et le territoire".


Avec Michel Houellebecq nous étions enfin arrivés à Clifden. C'était une journée de juillet mais il faisait encore froid dans cette extrémité occidentale de la vieille Europe. Imprévoyant j'avais dû acheter in extremis un gros pull de laine marin. Dans le bar où nous étions on avait allumé quelques bûches de tourbe qui se consumaient lentement, répandaient leur parfum poivré si particulier. Un groupe de musiciens, jeunes et chevelus, reprenait au banjo et à la guitare les standards irlandais et il semblait que nous étions tous ce soir là destinés à être amis pour l'éternité. L'endroit était comme un îlot joyeux et fraternel, civilisé et chaleureux. Nous buvions nos Guinness dans de de vraies pintes en verre. L'après-midi nous avions traversé le Connemara, brun et vert, où les nuages défilent entre les collines à une incroyable vitesse.
- C'est dans ces collines que l'on extrait cette énergie fossile qu'est la tourbe, avais-je cru bon de souligner.
- demain nous irons au Temple Bar, avait-il étrangement répondu.
Il avait une cartographie de l'Irlande originale : s'il ne se souvenait d'aucun nom des villes et villages que nous traversions, il se souvenait en revanche des bars où il avait pris ses plus belles cuites, mangé les meilleurs fishs and schips.
- nous verrons, ai-je éludé.

Il fixait une splendide rousse aux yeux verts, un peu pétée, qui reprenait avec enthousiasme, mains levées, les refrains du groupe. Plus exactement il fixait d'un œil nostalgique sa gorge généreuse et tressaillante, laiteuse, parsemée de taches de rousseur. Houellebecq ne bandait plus depuis longtemps : diabétique au dernier degré, il n'était plus qu'un morceau de sucre qui fuyait les pays chauds de peur de fondre en caramel. Le climat de l'Irlande lui convenait parfaitement.
J'englouti d'un coup un quart de ma Guinness. Il eut alors vers moi un regard oblique, un peu sournois. Vivement j’essuyais ma bouche dans la manche de mon pull tandis qu'il haussait les sourcils, surpris et déçu.
- et..., commença-t-il.
J'attendais la suite. En plus du diabète, Houellebecq souffrait d'un Alzheimer naissant qui lui faisait perdre le fil de ses idées.
- t'as...oui.. t'as lu "La possibilité d'une île" ?
- oui. On peut dire que j'ai tout lu de lui, ou si tu préfères son énorme pavé de 1600 pages avec ses chapitres qui vont d' "Extension du domaine de la lutte" à "Soumission". Car il faut dire qu'il a écrit un seul et même livre. Avec son physique de releveur de compteurs électriques, le filou a trouvé le filon. Toujours avec son humour et son cynisme habituel (on ne lui enlèvera pas ça), très vifs dans" La possibilité d'une île", il joue avec nos peurs (et les siennes) : peur de la vieillesse, de la solitude, avec les angoisses d'une humanité devenue allergique aux méfaits du temps, notre quête impossible du bonheur, d'éternelle jeunesse, notre besoin d'aimer et d'être aimé.
- physique de releveur de compteurs électriques ???
- un peu quand même non ?
Nietzsche nous avait prévenu : si Dieu est mort, l'homme ne tardera pas à lui trouver un successeur en pire. Ici le scientisme et ses impasses. C'est en gros le sujet de "La Possibilité d'une île", son "Meilleur des mondes", et l'épilogue des "Particules" en était la préface. Oscillation permanente entre le loufoque et le très profond, j'ai eu parfois l'impression de lire les mauvaises pages d'un San Antonio écrites par le nègre de Frédéric Dard (Pinuche prenant le contrôle de la secte), ou le scénario d'un film d'anticipation de série "B". On frôle souvent la grosse déconnade, on est pas loin du grand foutage de gueule*. Mais j'ai aimé le suivre dans notre impossible futur. En toile de fond on retrouve sa réflexion philosophique si personnelle, noire, pessimiste, sur ce qu'un auteur pompier du XXème siècle avait cru bon d'appeler "la condition humaine" et toujours il arrive à sauver son affaire. A ce stade je me suis posé cette question : si j'avais commencé l'oeuvre de Houellebecq par "La possibilité d'une île", aurais-je eu envie de lire autre chose de lui ? La réponse est oui, malgré tout.
- encore heureux.
- car c'est sans doute, avec "Les particules élémentaires", ce qu'il a produit de mieux, bien meilleur en tout cas que son incompréhensible Goncourt, "La carte et le territoire".
Mais lui trouver des filiations avec Balzac ou d'autres est très exagéré. Il est surtout  un bon cuisinier, ou plus exactement un maître saucier qui, s'il nous ressert toujours le même plat, le fait à chaque fois avec une sauce différente. Ses 1600 pages auraient pu être publiées sous la forme du feuilleton dans un journal ou un magazine pour métrosexuels. Je penche pour "Lui", le magazine de l'homme moderne.
Mais l'homme moderne ne lit plus, il n'a plus le temps : il a pris un abonnement au gymnase-club et passe ses soirées sur Meetic.

*(...) Au fond de moi je me rendais bien compte qu'aucun de mes misérables sketches, aucun de mes lamentables scénarios, mécaniquement ficelés, avec l'habilité d'un professionnel retors, pour divertir un public de salauds et de singes, ne méritait de me survivre. Cette pensée était, par moments, douloureuse ; mais je savais que je parviendrais, elle aussi, à la chasser assez vit