mardi 12 décembre 2017

Du train où vont les choses...


                Et j'entends siffler le train...

Elle ne vous fait pas rire cette affiche ?
C'est normal : on ne peut plus rire de rien sans passer pour un gros beauf plus ou moins alcoolique misogyne ou raciste. C'est l'époque qui veut ça, et l'époque, nous le constatons tous les jours, est triste à en mourir.
Elle ne vous fait pas rire non plus car le rire est devenu suspect, voire condamnable. Surtout si c'est Robert Médard qui le provoque. N'est pas Charlie qui veut.
C'est qu'il nous faudrait sur tout courber l'échine, se taire, être insignifiants, invisibles le plus possible, transparents : tout peut être retourné contre vous, vous mener devant les tribunaux, y compris une mauvaise blague. Les codes de l'humour se rétrécissent dangereusement, une police dédiée les surveille et les norme, corsète vos emballements primaires, vous indiquent la bonne voie, le bon quai, afin que vous ne loupiez pas le bon train.
Ne riez plus sans y réfléchir, c'est trop dangereux, et si demain au bureau vous comptiez en raconter une bien bonne, tachez de vous souvenir du chemin qui mène à la comptabilité : ce pourrait-être votre terminus.

Mais voici ce qu'en dit, avec humour et c'est son droit comme le nôtre, Nicolas Gauthier sur Boulevard Voltaire :


« Coluche nous manque ! » « Il faut faire de la politique autrement ! » « Les femmes doivent être mises en avant ! » Voilà pour le moulin à prières médiatique. Précédant ces attaques, pas toujours infondées, Robert Ménard, maire de Béziers bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire, a donc pris les devants.

Le prétexte est tout trouvé, s’agissant de ce TGV Occitanie tardant à venir en terres biterroises. D’où une première affiche à l’humour « décalé », comme on dit chez Canal, avec un Donald Trump et un Kim Jong-un, hilares et bras dessus bras dessous, assortie de ce slogan : « C’est le TGV qui unira le monde, tous unis pour le TGV jusqu’à Béziers. » Pierre Desproges aurait adoré.

À l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, ministre des Transports, semble d’ailleurs goûter la plaisanterie quand, répondant à une question d’Emmanuelle Ménard (député apparenté FN), relative à la question, elle assure que « ce TGV n’est pas censé aller de Pyongyang à Washington ». Poursuivant dans cet humour bon enfant, le maire de Béziers mitonne quatre nouvelles affiches.

La première avec un Macron préférant prendre l’avion, la deuxième avec un squelette las d’attendre le tortillard, la troisième avec une femme à laquelle le médecin demande si elle va finir par accoucher du train en question, puis… la quatrième. Celle qui fait twister les sacristies et turbuler les presbytères des nouveaux curetons, pire que les fesses de Michel Polnareff placardées dans les rues de la France pompidolienne.

De quoi s’agit-il ? Tout bêtement d’une affiche montrant une femme, ligotée en chemise de nuit sur une voie de chemin de fer, qui hurle de peur parce que justement, et ce, pour une fois, le train arrive à l’heure. L’accroche, quant à elle, est digne du professeur Choron : « Avec le TGV elle aurait moins souffert ! »

Une femme mise à l’honneur ? Les féministes auraient dû frétiller de joie. Pas du tout. Les filles, ça n’est jamais content et ça n’aime pas l’humour, tous les hommes le savent. La preuve par Laurence Rossignol, ministre du Droit des femmes sous François Hollande – ou dessus, à chacun ses fantaisies –, qui prend immédiatement position en ces termes : « Robert Ménard est un ignoble, un tout petit qui essaye de faire parler de lui par des provocations constantes. On ne peut pas laisser passer ça, c’est sans fin. »

La raison d’un tel transport pas tout à fait amoureux ? Un triste fait divers, un « féminicide », pour causer inclusif ; soit une femme, Émilie, ligotée par son conjoint, sur les rails du TGV Paris-Nantes en juin 2017. Pas de chance pour elle, la SNCF n’était pas en grève ce jour-là. Et Laurence Rossignol de conclure : « L’ignoble Robert Ménard l’a tuée une deuxième fois. » C’est sûr que présenté de la sorte…

Marlène Schiappa, sa ministresse successeuse et madone des sleepings, raccroche aussitôt les wagons : « Campagne une fois de plus odieuse, de surcroît venant d’un élu de la République. J’ai saisi ce matin le préfet afin que tous les recours possibles soient étudiés et activés. » Occasion inespérée de goûter cet exquis morceau de poésie préfectorale : « Robert Ménard se sert du corps des femmes pour faire passer des messages populistes. […] Il ne mesure toujours pas la souffrance physique et psychologique qu’engendrent ces atteintes à leur intégrité, pas plus que la mobilisation contre ces violences faites aux femmes qui est une priorité du gouvernement. » Ou de l’art de prendre le train en marche.

À ce concours de tricot en forme de fête de l’esprit, une mention particulière au journal Femme actuelle, grâce auquel une bonne épouse apprend à servir le chablis à température au chef de famille, pour ce titre : « Une affiche ignoble imaginée par Robert Ménard pour le TGV à Béziers scandalise la France entière. » Détective n’aurait pas fait mieux.

Quoiqu’on puisse être en droit de préférer ce tweet de Robert Ménard : « Les réactions outrées et paranoïaques à notre affiche en disent long sur l’ordre moral qui plombe le pays. Les mêmes auraient brûlé #Johnny en 1960, #charliehebdo en 1970 ou #Gainsbourg en 1980. Inquiétant… » « Inquiétant », certes ; mais tellement distrayant, aussi, tant l’actuelle niaiserie crasse va bon train.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain

Docteur Wauquiez



Alors la droite s'est trouvé un leader en la personne de Laurent Wauquiez. Avec son look de moniteur de ski, il entend être le bon docteur d'un parti mal en point auquel autrefois tout réussissait. Il s'est donc penché sur cette droite et lui a diagnostiqué un complexe d'infériorité, une perroquite aiguë : ses dirigeants depuis trop longtemps se contenteraient sans trop d'originalité de reprendre le vocabulaire et les idées de la gauche. Wauquiez, retrouvant les accents de celui que l'on devine aisément qu'il est son modèle, Nicolas Sarkozy, dit stop ! La droite doit redevenir la droite, s'adresser aux classes populaires négligées, sur l'Europe proposer autre chose qu'une fuite en avant dans le fédéralisme, sur l'immigration il fait siennes des propositions que l'on a plus l'habitude d'entendre du côté du FN. Est-il sincère ou nous rejoue-t-il le coup de 2007 ? Comment savoir ? Ce qui est piquant en tout cas, c'est de voir tous les censeurs habituels lui tomber dessus à bras raccourcis. Selon ces procureurs, Wauquiez défendrait une France rabougrie, rétrécie. Et ses anciens compagnons d’aventure de l'abandonner en rase campagne...  Mais venant de gens qui depuis des années s'acharnent à diminuer ce pauvre pays c'est assez comique je trouve. La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où les élèves de sixième ne savent ni lire ni écrire et encore moins compter ? La France rétrécie n'est-ce pas ces quartiers que l'on continue  d'appeler "populaires" où la police hésite à faire régner l'ordre républicain au point qu'un ancien président a même envisagé une future partition ? La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où les femmes, dans ces mêmes quartiers, n'osent plus être femmes ? La France rétrécie n'est-ce pas ce pays où agriculteurs, salariés, artisans, peinent à vivre de leur travail tant la pression fiscale y est délirante, ce pays où le chômage de masse se porte comme un charme ?
Décidément les donneurs de leçon n'ont aucune honte...
Quoi qu'il en soit on a envie de dire au docteur Wauquiez qu'il est bien tard, qu'il y eu tant d'occasions manquées ; que nous n'avons plus vraiment envie d'avoir envie, d'y croire encore une fois, qu'entre nous et cette droite ça ne passe plus.
Oui il est bien trop tard :
Il est minuit docteur Wauquiez.

dimanche 10 décembre 2017

La grand-messe




Le cortège s'est immobilisé au milieu des Champs. On a entendu une voix qui disait :
- ils avancent trop vite !
Pendant quelques minutes, dans l'ombre et la lumière des platanes dénudés, sous un soleil d'hiver comme un soleil d'été, la foule incrédule a pu contempler le cercueil blanc sur lequel on avait déposé une énorme croix. Tous étaient là pour dire adieu à l'idole, tous étaient là aussi, sans le savoir peut-être, pour enterrer les années 60, quand l'Amérique faisait encore rêver, qu'elle était un modèle enviable. Bien d'autres comme lui partiront bientôt, plus discrètement, sur la pointe des pieds et sans tapage : ils sont de ceux dont on ne sait jamais dire, quand on les évoque, s'ils sont morts ou bien encore vivants. Ça ne risque pas d'être le cas de Johnny, le chanteur pourtant si souvent moqué. Ses admirateurs tenaient aujourd'hui comme une sorte de revanche sur tous les snobinards.
Il était de bon ton de se gausser de lui : pâle imitation des grands, rocker pour prolos etc... Mais le rock n'est-ce pas par essence une musique de prolos, de déclassés, née dans les faubourgs de Liverpool, de Détroit ? Le blues n'est-elle pas la musique des descendants d'esclaves ? Pourquoi lui refuser cette filiation ? Aujourd'hui c'est la France prolétarienne qui saluait celui dans lequel elle se reconnaissait, et Mélenchon par ses tweet déplacés fut comme souvent bien mal inspiré.
A la Madeleine, belle église qui est un peu notre Parthénon, et qui aujourd'hui se faisait Panthéon, président prononça un discours dont on nous dit qu'il avait tenu à ce qu'il fut entièrement de lui et non de sa plume habituelle : ça s'est senti. Mais les platitudes présidentielles furent vite effacées par Labro et Rondeau et la forte homélie de Mgr Benoist de Sinety: à chacun son métier.
Parmi toutes les personnalités présentes j'ai remarqué Hollande, au moment du dernier passage devant le cercueil. L'hostie, lui, il est du genre à ne pas savoir où se la mettre, alors un goupillon et un bénitier d'eau bénite vous pensez... Raide comme un pantin mécanique, livide comme un spectre, il s'est cassé en deux plus qu'il ne s'est incliné en ignorant le goupillon. Faut croire que s'il avait consenti à ce geste dérisoire il aurait entaché sa réputation de socialiste bon teint qu'il pense encore avoir.
Qu'importe : l'église était bondée et l'hommage, que l'on a pu trouver un peu long, réussi. Mais mon esprit sans doute un peu tordu n'a pu s'éviter la question qui fâche : quelle mosquée demain pour une telle célébration œcuménique et pour quelle homme ?

PS :
Un grand merci à Noix Vomique qui sur son blog rend hommage à mon hommage.

Rajout de dernière minute:

Pour ceux qui aiment la polémique, il y a aussi le billet de Georges, dernier esprit critique de la blogosphère.
Et cette discussion.

jeudi 7 décembre 2017

Mon hommage à Johnny




Que peut bien évoquer pour moi la disparition de Johnny ?
Sa mort me renvoie à mon adolescence, quelque part entre Beauce et Gâtinais, un trou perdu comme il en existe beaucoup dans cette province reculée. Un village de 300 âmes à peine et un troquet, la Godasse (ça vous dresse le tableau...) où la patronne était aussi grosse que sa fille avait la taille fine. Dans ce troquet il y avait un baby-foot, un flipper et un juke-box. Nous qui nous faisions souvent ch... à cent sous de l'heure, c'était l'endroit où nous nous retrouvions pour nous ennuyer à plusieurs. Nous y sirotions des picon-bière et parfois quelqu'un glissait une pièce dans le juke-box. Il n'y avait que rarement des surprises : les deux tiers des titres que contenait la machine étaient du Johnny. Alors, même si je n'ai jamais possédé un disque de Johnny, je peux dire que j'en ai mangé du "Pénitencier", de "Gabrielle" etc... A la fermeture nous étions assez chauds  pour quelques conneries qui ne manqueraient pas de faire parler dans le village. Rien de bien méchant mais des conneries qui nous valurent un jour quelques heures de TIG tout de même.
Le samedi on enfourchait nos meules et l'on se rendait au bal du village voisin (il y avait encore des bals en ce temps là) et là aussi il y avait du Johnny, massacré (massacré Johnny...) par un groupe de rock local qui, entre deux récoltes de betteraves, s’entraînait dans une grange. En fait à cette époque, et encore plus en province, Johnny était assez incontournable.
J'ai croisé sa route un peu plus tard, à Paris. J'habitais alors un petit appartement du boulevard de l’Hôpital. Tombé en panne de clopes, j'ai descendu le boulevard jusqu'à un rade en face de la gare d’Austerlitz qui dépannait les consommateurs. Au moment de payer mon demi le patron me dit :
- c'est offert par le monsieur là-bas. Et il souriait en attendant ma réaction.
C'était Johnny déjà bien allumé qui offrait des tournées en attendant un voyageur (ou une voyageuse).
Je n'ai pas cherché à l'approcher pour le remercier, bien trop timide que j'étais pour ça. Pendant quelques minutes j'ai observé l'idole des jeunes puis suis rentré chez moi.
En apprenant sa mort me sont revenues ces quelques paroles d'un titre moins connu je crois que je chante pour vous :



mardi 5 décembre 2017

Pour les santons




J'aime pas les santons.
Je concède volontiers que ceux qui les font sont de remarquables et talentueux artisans, mais j'aime pas les santons.
Je trouve ça niais, infantilisant, régressif.
J'aime pas les santons mais j'aime encore moins le discours ambiant qui se donne à entendre actuellement autour d'eux. Car au fond, il y a trente ou quarante ans, ces débats autour de la laïcité n'auraient tout simplement pas eu lieu. S'ils se posent  aujourd'hui c'est uniquement parce qu'une autre religion s'invite et s'incruste chez nous sans y avoir été invitée. Mais personne ne veut la nommer. C'est pourtant pas compliqué à prononcer ou à écrire "Islam". Alors pour ménager la chèvre on accable le chou. On renonce à dire, la République mesquine et intransigeante renonce à dire, à reconnaître, qu'avant son hold-up de 1789 ce n'était pas l'obscurité, qu'il y avait autre chose. Quelque chose de grand, quelque chose de beau, quelque chose de civilisationnel : la chrétienté. Qu'il nous est et qu'il nous sera toujours impossible de mettre sur le même plan ce qui a donné Vézelay, Bach, Michel Ange et cette masse informe qui encombre nos rues, tue et viole à l'occasion, détruit dès qu'elle en a l'opportunité.
Il y aurait de la grandeur pour cette République, si elle ne veut pas ressembler à une sinistre dictature asiatique ou tropicale, à affirmer enfin nos racines chrétiennes, à nous restituer cette part d'héritage qu'elle voudrait nous faire oublier, héritage que nous sommes contraints de trimbaler presque clandestinement, honteusement.
J'aime pas les santons.
Mais je suis de tout cœur avec ceux qui défendent nos santons.

C'est de saison




J'ai une potée au chou qui mijote sur ma gazinière.
Je viens d'y aller jeter un coup d'œil et goûter. Mazette ça promet ! Faut dire que j'ai pas lésiné : un gros morceau de jambon avec sa couenne, des lardons fumés de 3cm x 4, des saucisses de Montbéliard, et l'accompagnement de légumes qui va bien. J'entends déjà les commentaires : c'est pas de la Montbéliard qu'on met dans la potée auvergnate mais de la Morteau ! Oui ben mon boucher il en avait plus d'la Morteau. Et puis Montbéliard/Morteau question saveur avouez que c'est un peu kif-kif non ?
J'ai goûté donc. Nom de Dieu le bouillon ! Faut dire que le jambon a déjà bien rendu son gras. Mais un potage pareil mes aïeuls ! Ça vous réchauffe les amygdales, j'vous jure, le pull devient vite superflu, vous coupez le chauffage, et les restes de miasmes de votre rhume déclarent forfait !
Reste que quand ma petite famille va rentrer tout à l'heure je redoute un peu les récriminations. Non parce que le chou question parfum ça se pose là, et c'est pas vraiment du Coco Channel.
Bon...
Quand ils auront goûté à leur tour je crois que je serai pardonné.
Y'a intérêt remarquez parce qu'il y en a pour trois jours...

lundi 4 décembre 2017

Une idée à creuser






Les Belges ne sont pas là que pour faire des blagues sur leurs voisins Français, il leur arrive aussi de nous éclairer magistralement sur ce que nous ressentons confusément, de mettre des mots sur notre malaise. C'est le cas de David Van Reybrouck.
L'idée de cet intellectuel selon laquelle nous serions colonisés par l'Europe, et non que nous serions en train de la faire (elle existait bien avant Bruxelles et ses commissaires) est une idée qui personnellement me séduit et que je fais mienne.
Tiré du Figaro de ce jour :
Et si on se trompait de comparaison  ? Et si la situation actuelle en Europe n’était pas à comparer avec les années 1930, mais avec la période coloniale en Afrique ou en Asie  ? C’est la proposition faite par un des intellectuels européens les plus brillants, le Belge David Van Reybrouck, auteur d’un essai intitulé Contre les élections, qui fait beaucoup parler. Il y plaidait pour une revitalisation de la démocratie grâce à la participation des citoyens à la décision publique sur la base d’un tirage au sort.
Lors d’une conférence prononcée à Groeningen, c’est à sa grande connaissance des empires coloniaux que David Van Reybrouck fit appel pour analyser le populisme à l’œuvre en Europe aujourd’hui. Naguère, l’auteur s’était plongé dans l’histoire des rapports entre la Belgique et le Congo, et en avait tiré l’époustouflant Congo (prix Médicis de l’essai). Actuellement, il achève un ouvrage consacré aux relations entre les Pays-Bas et l’Indonésie. « Peut-on comparer l’anticolonialisme d’alors avec l’hostilité à l’Union européenne aujourd’hui  ? », questionne David Van Reybrouck lors de sa conférence. Pour cet anthropologue, la réponse est oui et il le démontre, archives à l’appui.
L’intellectuel belge cite Soekarno, futur premier président d’Indonésie, en 1930 : « Chaque peuple malheureux, et donc chaque peuple qui ne peut tenir sa maison lui-même et qui ne peut aller dans la direction que son intérêt et son bien-être lui prescrivent, vit dans une “colère permanente”. Le peuple indonésien est un peuple qui a fini par vivre en enfer. Et c’est cet enfer, ce sont ces larmes du peuple et non notre rébellion, qui sont la cause du mouvement populaire. »
Et Van Reybrouck de s’interroger : « Où avons-nous déjà entendu cela ? Le désir d’avoir son mot à dire ? Le malaise croissant de la société ? Le fait de ne pas vouloir voir ces larmes ? La diabolisation de ces réactions de malaise qui n’aboutit qu’à les entretenir ? » Certes, poursuit l’intellectuel belge, s’agissant du style et de la vision politique, on peut difficilement comparer les leaders populistes européens de 2017 aux combattants de l’indépendance dans les pays colonisés d’alors. Mais l’écrivain belge cite un ministre néerlandais des Colonies qui, face à la montée du nationalisme en Indonésie, avait estimé qu’il s’agissait d’un mouvement futile et dépourvu de sens, impliquant surtout les couches basses de la population. « Réduire le problème à quelques pommes pourries qui contaminent le reste : c’est un procédé connu ! », commente Van Reybrouck.
L’écrivain nous propose ensuite une devinette : qui a prononcé les mots suivants ? « Et toutes ces mesures qui sont prises à Bruxelles, loin de nous, sans nous, pour nous, doivent être considérées comme une injustice imposée d’en haut. Nous avons toujours condamné cette manière de faire, il n’y a aucune confiance qui naît de là car elle n’est pas le résultat d’un dialogue ouvert et honnête, sur un pied d’égalité. » La réponse ? S’agit-il de Boris Johnson ou Yanis Varoufakis ? Aucun des deux : c’est Joseph Kasavubu qui parle ainsi en 1958, deux ans avant qu’il ne devienne le premier président du Congo. « L’émancipation sans participation conduit à la frustration. C’est aussi simple que cela. Pouvoir être pris en compte, c’est l’idée qui organise toute la problématique populiste », affirme l’intellectuel belge.
Alors, colonisatrice, l’Union européenne ? « Nous aussi sommes assujettis à une administration invisible qui définit notre destin dans ses moindres détails. Nous avons un organe de représentation, le Parlement européen, qui a plus de pouvoir que les organes d’avis coloniaux de l’époque - le Conseil colonial au Congo ou le Conseil du peuple en Inde -, mais moins que la Commission et le Conseil européen. D’où le déficit démocratique. » Van Reybrouck pointe aussi une autre lacune : avoir conçu une Europe monétaire sans une Europe politique au préalable.
« La vie dans l’Europe de 2017 ressemble de plus en plus à la vie sous administration coloniale. Pourquoi nous étonner que cela conduise à des révoltes ? Le populisme est une tentative brutale pour repolitiser l’espace européen. Gouverner, c’est faire des choix : “Il y a une alternative pour l’austérité”, dit la gauche populiste. “On n’est pas obligé de se soumettre à l’immigration”, dit la droite populiste. Mais le bien-être grâce à l’Union, où est-il ? Nombre de groupes vulnérables se sentent aujourd’hui menacés», conclut l’intellectuel belge.

dimanche 3 décembre 2017

Une recette indémodable


Une blogueuse qui a le bon goût de visiter (et de commenter) mon blog, Barbara pour ne pas la nommer, me suggère dans mon dernier billet d'échanger nos recettes. Je trouve que c'est une excellente idée et la prends au mot.
Pour entamer ces échanges que j'espère savoureux, je lui soumets celle-ci :

"La recette de l'amour fou", qui sera aussi ma chanson du dimanche.

Mais je suis bien certain qu'elle la connait par cœur.

Dans un boudoir introduisez un coeur bien tendre
Sur canapé laissez s'asseoir et se détendre
Versez une larme de porto
Et puis mettez-vous au piano
Jouez Chopin
Avec dédain
Égrenez vos accords
Et s'il s'endort
Alors là, jetez-le dehors
Le second soir faites revenir ce coeur bien tendre
Faites mijoter trois bons quarts d'heure à vous attendre
Et s'il n'est pas encore parti
Soyez-en sûr c'est qu'il est cuit
Sans vous trahir
Laissez frémir
Faites attendre encore
Et s'il s'endort
Alors là, jétez-le dehors
Le lendemain il ne tient qu'à vous d'être tendre
Tamisez toutes les lumières et sans attendre
Jouez la farce du grand amour
Dites "jamais", dites "toujours"
Et consommez
Sur canapé
Mais après les transports
Ah! s'il s'endort
Alors là, foutez-le dehors

Serge Gainsbourg.


vendredi 1 décembre 2017

Les gens nous le disent sur les marchés




C'est une petite phrase qui revient souvent dans les émissions politiques, prononcée par des élus, souvent LREM d'ailleurs, et qui trotte trotte dans ma tête :
- mais vous savez les gens nous le disent sur les marchés.
Les gens nous le disent sur les marchés... Qu'est-ce que c'est que cette histoire encore ! Je sais bien que les élus LREM sont des citoyens un peu bizarres, il nous est parfois donné d'en voir des spécimens étranges, mais enfin... Ils ne savent pas que les élections sont passées ?  Qu'il n'est plus nécessaire d'aller tracter le dimanche sur les marchés ?
Moi qui vous parle, j'en ai deux-trois des marchés dans mon quartier, qui d'ailleurs ont tendance à se réduire à la portion congrue mais c'est une autre histoire. Et bien je n'en croise jamais de ces élus. Jamais.
Alors ?
A moins qu'ils ne soient bourrés d'indics ces marchés...Les clients ne sont pas des clients...
Non... Non ! Quand même pas cette petite vieille avec ses trois poireaux qui dépassent de son cabas ! Lui peut-être ? Qui ne saura pas où mettre ses achats vu que son frigo déborde ? J'ai du mal à le croire.
J'y suis !
Les indics ce sont les commerçants eux-même !
Je me disais aussi "si c'est pas malheureux de se lever à cinq du mat pour venir vendre 300g de chair à saucisse ou dix sardines par moins dix un dimanche". D'autant qu'il n'y a pas plus riche qu'un boucher, c'est bien connu, pourquoi faire des heures sup ?
Ah mes petits saligauds ! Vous voilà démasqués !
Mais c'est de notre faute aussi. Au prétexte que la poissonnière a rajouté trois crevettes après la pesée, que le charcutier a toujours une bonne blague un peu salace à raconter, on se laisse aller et on bavarde. Trop. Aussi, il faut bien le dire, pour se prouver avant Drucker que nous savons toujours parler, échanger avec nos semblables, que nous ne sommes pas encore totalement devenus des sauvages. Oui mais voilà : dès le rideau baissé, le camion reparti, un rapport va tombé sur le bureau de la permanence de notre député.
- Vous savez, Monsieur Pujadas, les gens nous le disent sur les marchés !
Et bien ma décision est prise. Dorénavant je ne parlerai plus ou le minimum. J'appliquerai la consigne du vieux Pasqua quand il était harcelé par les journalistes au sortir du conseil des ministres et qu'il croisait son index sur ses lèvres fermées, hermétiquement closes : Motus et bouche cousue.
- Je vous sers quoi ?
- Un rosbeef.
- Quel poids ?
- Un kilo.
- Vous êtes sûr que ce sera suffisant ? Vous serez combien à table ?
Ça y est ça commence...Les questions insidieuses.
- Ça ira, ça ira !
Non parce que vous comprenez, si on leur dit tout en temps réel, comment voulez-vous qu'on leur fasse encore une surprise aux prochaines ?

jeudi 30 novembre 2017

Tintin au Congo




On l'aura remarqué, je ne commente plus trop l'actualité politique ; Macron par-ci, Macron par-là, Macron, Macron... Un peu gavant à la fin.
N'empêche, je l'avoue, je me suis bien marré en voyant son intervention devant les étudiants de Ouagadougou. Hilare qu'il était le président. Et son rire ma foi, était très communicatif. Cette façon d'apostropher son homologue du Burkina Faso genre :
- fais pas la gueule vieux. Ce que tu peux être susceptible tout de même... Tu pars réparer la clim ? Ah  non tu vas pisser.
Et d'enchaîner, le coude sur le pupitre, l'index levé :
- faut arrêter de déconner avec l'esclavage hein. Qui l'organise aujourd'hui ? Des Belges ? Des Allemands ? Des Français ? Non ! Des Africains !
Vous imaginez Hollande ou Sarkozy parler comme ça ? C'eût été le scandale intégral. Mais avec lui ça passe. Avec la fougue de sa jeunesse il se permet tout et tout le monde applaudit. Ça nous change du style guindé et très hypocrite de ses prédécesseurs, faut dire.
- vous n'allez pas continuer à faire 7, 8, 9 enfants par femme tout de même ! C'est pas raisonnable ! Et elle en pense quoi la jeune fille de quatorze ans qui tombe enceinte ? Vous vous posez la question de temps en temps ?
Mais le plus beau c'est ce passage :
- La Françafrique c'est fini ! Fini, fini ! C'est aux Africains de prendre leur destin en mains !
Puis... :
- Je veux pour l'Afrique une démographie contrôlée,  je combattrai le chômage (qu'il commence chez nous), je vaincrai l'illettrisme et favoriserai l'éducation des filles, etc, etc...
Bref, le roi Africain, celui qui va régler tous les problèmes du continent Noir, c'est Macron.
A non y'a pas à dire : avec lui on est pas au bout de nos surprises. Cinq ans de déconnade assurés.
Un ancien candidat à la présidentielle s'était fendu d'un livre, "Faire" que ça s'appelait, et nous ne saurons jamais ce qu'il aurait fait. Mais celui dont nous avons hérité, objet politique mal identifié, semble bien décidé à faire bouger le cocotier.
Et bien qu'il le fasse bouger le cocotier, pour ma part j'ai pris le parti de m'en tamponner.

Rajout de dernière minute :

Le président français Emmanuel Macron a inauguré jeudi le chantier du métro d'Abidjan, un projet colossal de 1,4 milliard d'euros, qui sera réalisé par des groupes français et entièrement financé par un prêt français.
Source.

Mais la Françafrique c'est fini n'est-ce pas.